
Elle laisse entendre que le stress serait une sorte de dysfonctionnement personnel, une affaire de volonté ou d’hygiène de vie. Et si, au contraire, nous étions nombreux à regarder le stress du mauvais côté ?
Le stress n’est pas une erreur.
C’est une réponse automatique du système nerveux central face à une situation perçue comme difficile, imprévisible ou menaçante. Ce mécanisme biologique ancestral est fait pour nous aider à réagir rapidement : mobiliser notre énergie, trier les informations, réagir efficacement.
Le vrai problème n’est pas le stress en lui-même, mais sa répétition constante sans sas de récupération.
Dans de nombreux environnements professionnels, le système d’alerte s’active… et ne se désactive plus. Sollicitations en continu, pression temporelle, réunions sans respiration, injonctions contradictoires : le corps reste en vigilance, parfois sans même qu’on s’en rende compte.
La neuroscientifique Sonia Lupien, directrice du Centre d’études sur le stress humain (Université de Montréal), identifie quatre déclencheurs principaux du stress, chacun venant remplir notre « bidon » de stress, et pouvant même se cumuler… :
Une situation est perçue comme stressante quand elle répond à l’acronyme C.I.N.É : la situation est inContrôlable, Imprévisible, Nouvelle, ou/et menaçante pour l’Égo (l’image de soi).
Des critères que l’on retrouve… dans beaucoup de contextes professionnels modernes, entrainant parfois le débordement de notre fameux bidon…
L’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité, dossier « Le stress au travail » (mise à jour 2022)) rappelle que lorsqu’il devient chronique, sans récupération suffisante, le stress altère les fonctions cognitives et relationnelles et constitue un risque organisationnel à part entière : erreurs, désengagement, irritabilité, fatigue durable.
Et si l’on cessait de penser le stress comme quelque chose à faire taire, et qu’on le considérait plutôt comme un indicateur de déséquilibre temporaire ?
Dans cette perspective, les entreprises ne sont pas « en faute ».
Elles ont au contraire un rôle stratégique : créer les conditions favorables à la récupération, et outiller les collaborateurs pour réguler les pics de tension.
Pas besoin de tout réinventer pour agir.
Voici trois pratiques que je propose régulièrement en entreprise, parfaitement compatibles avec les contraintes de temps et de rythme et facilement adaptables aux différents postes de travail :
1. Exercice de décharge : contraction – décontraction consciente
→ Debout ou assis, poings fermés, épaules légèrement relevées, tout le corps se contracte intensément pendant 5 à 7 secondes en bloquant la respiration. Puis, sur une expiration profonde, on relâche tout d’un coup en laissant les bras tomber lourdement.
Ce geste mobilise volontairement les chaînes musculaires, comme si le corps s’apprêtait à fuir ou à combattre — deux réponses archaïques au stress. En relâchant ensuite d’un coup, on mime symboliquement et physiologiquement la sortie de l’état d’alerte.
Répéter l’exercice deux ou trois fois permet de faire redescendre l’activation du système nerveux sympathique, responsable de la tension corporelle et mentale.
Ce type de décharge, rapide et facile à intégrer au quotidien, permet au corps d’exprimer, puis de libérer l’énergie accumulée par le stress, sans la stocker inutilement.
2. Respiration apaisante (inspire sur 4, expire sur 8 temps)
→ 3 à 5 minutes de respiration à rythme régulier ( 5 secondes inspiration, 5 secondes expiration ).
Effet immédiat sur le système nerveux autonome en mobilisant le système nerveux parasympathique : baisse du cortisol, retour à l’équilibre physiologique.
→ Fermer les yeux et se reconnecter mentalement à un lieu rassurant, agréable, porteur de sécurité.
En deux minutes, le cerveau enclenche une réponse de relâchement presque identique à celle provoquée par une situation réelle de repos.
L’objectif n’est pas de supprimer le stress – ce serait impossible, irréaliste et contre-productif.
Mais plutôt de reconnaître qu’il peut servir de baromètre de l’organisation, et de créer des conditions favorables à son traitement.
Cela commence par de petits ajustements :
Car au fond, la QVCT, ce n’est pas “ajouter du bien-être”.
C’est permettre à chacun de traverser les tensions professionnelles sans s’y épuiser.
Le stress n’est pas un ennemi.
C’est un langage du corps et du cerveau, qui mérite d’être entendu, compris et régulé.
C’est un indicateur précieux d’un système en tension.
En entreprise, j’apporte, au delà d’éléments théoriques permettant à chacun de mieux comprendre, des outils concrets de régulation individuelle… Mais ces techniques ne prennent tout leur sens que lorsqu’elles s’inscrivent dans un environnement professionnel qui les rend possibles, utiles, légitimes.
Bien vivre au travail, ce n’est pas choisir entre action individuelle et transformation organisationnelle.
C’est créer les conditions pour que chacun puisse faire face aux défis professionnels sans s’y épuiser, avec des appuis simples, efficaces, et réalistes.
Parce qu’un cerveau qui peut récupérer, c’est un cerveau qui peut s’engager.